Je rentre enfin chez moi, c'est un havre de paix de retrouver mes affaires et mes habitudes. C'est le paradis dans la douleur. Je dois vivre avec ce sac et "LA CHOSE" à l'intérieur, ce n'est plus une vie, je fonctionne à l'envers, ce n'est pas normal et je l'admets encore moins que je n'étais pas malade au départ.
Tout est différent, je m'en rendrai compte petit à petit.
La première fois que je dois changer cette poche et nettoyer LA CHOSE, c'est toute une histoire. Je débranche le téléphone, je prépare le matériel nécessaire, miroir, sopalin, sac poubelle, eau chaude, enfin tout ce dont je me rappelle et que je n'ai pas vraiment écouté lors de mon séjour à l'hôpital.
Il va falloir affronter la réalité pour la première fois mais c'est obligatoire et il faut que je me lance.
Je ne maîtrise encore rien et j'apprendrai petit à petit que c'est tout un art de maîtriser si on peut appeler ça comme ça car on ne maîtrise jamais. L'intestin fait ce qu'il veut quand il veut et il n'y a aucun moyen d'anticiper, il n'y a pas de muscle, juste un tuyaux relié à l'intérieur du corps qui éjecte tout ce qu'il veut quand il veut sans qu'on puisse anticiper, sans que l'on sache quand ça va arriver car on ne sent rien venir.
Pour la première fois je vais décoller cette poche, nettoyer LA CHOSE comme on nettoie les fesses d'un bébé. Mais LA CHOSE est pleine de vices car elle profite que la poche soit retirée pour se mettre à éjecter un paquet de selles. C'est du direct et j'apprendrai qu'il faut toujours s'attendre à tout et être prête à réagir très vite avec son sopalin à portée de main.
Cela m'aura pris 20 minutes et n'aura pas été facile, le recollage d'une nouvelle poche non plus car il faut viser de façon à ce que LA CHOSE soit bien au milieu du trou prévu à cet effet. Quand je pense que des mois après, je fais cela en 1 minute chrono !
Je n'imaginais même pas que des mois après je l'aurais toujours !
On m'avait dit à l'hôpital que l'on vit de la même façon qu'avant quand on est "appareillé", ben non, c'est faux, plus rien n'est comme avant.
Mon conjoint mettra 1 mois pour disparaître définitivement, pas capable d'assumer la nouvelle situation et une femme "handicapée" il faut oser le dire, qui fait caca par le ventre, qui n'a plus de séparation entre vagin et rectum, tout du moins des trous énormes, bref qui ne fonctionne plus comme avant. Dormir avec une femme qui porte une poche collée sur le ventre avec son intestin à l'intérieur c'est trop pour lui. Il fuit et ça me permettra de voir que finalement il ne vallait pas le coup d'être connu. C'est comme ça que quelquefois on fait le tri. Mais bon c'est un coup dur de plus car je suis totalement seule maintenant mais bon finalement personne ne me voit.
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